Trente-cinq après, Jean-Noël Gaviot renouait avec le Dakar en version « Classic » et en Arabie Saoudite. Une aventure différente de ses quatre précédentes expériences africaines mais toujours aussi exaltante

 

Jean-Noël, 35 ans après avez-vous retrouvé le Dakar quitté en 1991 ?

« Franchement non. Ce n’est plus la même aventure. La préparation avait déjà été plus compliquée avec toutes les modalités qui n’avaient plus rien à voir avec ce que j’avais connu au début des années 1990.
Ca reste certes une aventure mais désormais très structurée, très professionnelle. L’organisation d’ASO est vraiment top, mais il n’y a plus la place à l’aventure telle que je l’entend et que je l’ai vécu à quatre reprises au Paris-Dakar. Tout est désormais cadré, structuré. Même les spéciales sont codifiées. Avant, le premier qui franchissait la ligne était déclaré vainqueur. C’était limpide et sur un coup de navigation on pouvait faire un coup. L’aventure reste certes présente car ce n’est pas commun de faire des étapes de 900 kilomètres. L’âme a changé mais le plaisir est intact et la compétition omniprésente. »

Pourquoi y être retourné ?

« J’avais cette voiture dans le garage et quasiment sur un coup de tête j’ai décidé de repartir. Les 2B ont parfaitement joué le jeu en me remontant une voiture « épave » de A à Z  au prix d’un énorme travail dans un temps record. Une voiture fiable et performante  sur laquelle nous n’avons eu, au final, que très peu de soucis et souvent indépendants de la mécanique pure. Le 3e jour on a cassé un amortisseur qui nous a valu de passer une grosse partie de la nuit dans le désert et de rater deux jours de course, le temps de réparer. »

Après avoir joué les premiers rôles dans le Paris-Dakar (14e en 1990) puis le rallye version VHC, vous découvriez la version régularité. Votre sentiment ?

« Que la régularité ce n’est pas mon truc. J’ai gardé mon âme de compétiteur et je pensais m’y faire, mais non. C’est trop compliqué pour moi de devoir, sur la même spéciale,  rouler à 120 puis à 70, 90. Ça,  je ne sais pas faire. En 2007 j’y avais déjà goûté à l’occasion de la Trans Africaine mais sans succès. Mais en revanche même en version « Classic » c’est loin d’être une promenade dans le désert. C’est tout sauf une promenade. C’est dur, soutenu avec des journées qui commencent à 3 heures du matin. Et c’est visiblement, chaque année, de plus en plus dur. »

C’était aussi la découverte de l’Arabie Saoudite ?

« Ça reste du rallye-raid dans toute sa beauté et sa complexité comme l’était jadis le Paris- Dakar en Afrique mais avec des secteurs beaucoup plus cassants. On a roulé toute la première semaine sur des rochers qui malmenaient beaucoup les voitures et les mécaniques. Sur le sable, en revanche, je me suis beaucoup amusé. »

Quid du baptême du feu de votre co-pilote Yvon Baud ?

« Ce fut très dur pour lui. C’était une première. Il est arrivé au départ à Yanbu ignorant ce qu’était un CH ou un point-stop. On ne s’improvise pas rallyman du jour au lendemain. On s’est réparti les tâches, lui s’occupant de la navigation et moi de la régularité d’autant que le classement est vite devenu anecdotique. On était content et fier d’être à l’arrivée. »

Pas de regret ?

« Aucun. On a pris beaucoup de plaisir et j’ai personnellement connu autre chose. On a surtout pu disposer d’une voiture qui a forcé l’admiration. C’est inimaginable le succès qu’elle a rencontré. On a eu la visite de Jacky Icks qui est venu se remémorer avec nous l’histoire de l’auto en 88 avec Jabouille et Lafitte. On a eu le privilège d’un reportage à la télé sur la chaîne l’Equipe. Elle a ravi la vedette a beaucoup d’autres. Et puis j’ai appris un soir au bivouac que Chambéry avait été choisi pour organiser la finale de la coupe de France des rallyes en octobre 2027. »

Et maintenant ?

« En premier lieu se remettre de quinze jours qui ont été particulièrement éprouvants physiquement, mentalement et nerveusement. Pour le reste je m’interroge. Je ne repartirai par sur un Dakar avec une Porsche. Non pas pour la fiabilité de l’auto mais pour son caractère trop exigu. Quand nous étions dedans il n’y avait même pas la place pour une brosse à dents (rires). Je ne m’interdit rien. Y compris de remonter une Porsche pour courir toujours en rallye-raid mais en version VHC, au chrono comme l’East African Safari au Kenya. »

Jean-Noël (alias Popeye) et Yvon ont quitté Yanbu et l’Arabie Saoudite des souvenirs par milliers et une belle promotion du sport automobile savoyard.

 

                                                                                                                         J-L.BOURGEOIS

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